DEVELOPPEMENT DE L'ENFANT PAR L'ESCALADE

Pour savoir bien gérer ses émotions, l’enracinement dans le corps est indispensable. Pourquoi attendre l’âge adulte pour apprendre à le faire? Elle accueille ainsi les jeunes à partir de 3 ans dans un centre d’escalade situé à Laval, afin de les aider à développer les habiletés qui leur permettront de mieux gérer leur vitalité tout en étant dans un contexte de plaisir.

Lui est excité et elle inattentive?
L’escalade au service du processus thérapeutique.
Animation et inscriptions.
Publications.

1. Lui est excité et elle inattentive?

Prenons l’exemple de Sébastien, un petit garçon de 7 ans. Sébastien bouge sans arrêt, il fait des bruits bizarres avec sa bouche et dérange toute sa classe. En fait, on le dit hyperactif.  Quoiqu’il en soit, ce qu’il faut comprendre c’est que Sébastien a de la difficulté à contenir son énergie. Celle-ci tend en fait à s’accumuler dans sa poitrine et il devient comme un petit volcan en ébullition, sur le point d’éclater. Il papillonne, il s’éparpille. Il n’arrive pas à se calmer, à se déposer. On dira de cet enfant qu’il est mené par son système nerveux sympathique (SNS). Cela signifie que son organisme n’arrive pas à se calmer, à se déposer. Il reste en mode « actif ».

D’un autre côté, vous avez un tout autre genre d’enfant. C’est le cas d’Émilie, 9 ans.  Elle est rêveuse, distraite voir même lunatique!  Contrairement à Sébastien, elle n’est pas perçue comme dérangeante car elle est énergétiquement absente. On la qualifie en fait d’inattentive. Enfin, ce qui est certain, c’est qu’Émilie a de la difficulté à soutenir sa présence. Son énergie est plutôt basse et elle tend à respirer uniquement dans son ventre. Elle est ailleurs… dans la lune. On peut l’observer à son regard plutôt vide. On dira de cette enfant qu’elle est menée par son système nerveux parasympathique (SNP). Son organisme est au ralenti, il est en mode « passif ».

Comment aider Émilie et Sébastien? C’est ce qu’on verra un peu plus loin. Pour l’instant, voyons comment ces deux modes, sympathique et parasympatique, sont à la base des mécanismes d’adaptation à l’environnement.

Remontons un peu le temps pour ce faire, du temps où nos ancêtres vivaient dans les bois. À cette époque, plusieurs d’entre eux ont eu à fuir devant un ours approchant. Pour ce faire, leur organisme devait disposer d’une grande énergie et rapidement. C’était la fonction du SNS de dispenser cette énergie. Il y avait par ailleurs, à l’époque, beaucoup  d’agressions de tous genres. Il n’était pour ainsi dire pas rare qu’un homme ou une femme soit victime de sévices corporels. Les souffrances physiques et émotionnelles étaient alors insupportables pour l’organisme. C’était la fonction du SNP de baisser ou de retirer l’énergie du corps, permettant de diminuer ou d’anesthésier les sensations de douleur.   

Dans ces deux cas, on pouvait dire que les mécanismes d’adaptation étaient adéquats et utiles. Le problème survient lorsque ce n’est pas le cas. Par exemple, lorsque ces modes sont utilisés à toutes les sauces ou par habitude. Ils deviennent alors limitatifs et entraînent de la souffrance car  ils ne sont pas adaptés à l’environnement d’aujourd’hui qui est plus sécuritaire qu’autrefois.

Alors, que votre enfant soit diagnostiqué ou non trouble déficitaire de l’attention avec ou sans hyperactivité (TDAH), que la source de ses problèmes soit d’ordre neurologique ou émotionnel, développer des habiletés qui lui permettront de mieux gérer sa vitalité est  nécessaire puisqu’il en aura besoin pour faire face aux différentes situations et changements qui se présenteront au cours de sa vie.

2. L’escalade au service du processus thérapeutique
 
C’est à travers différentes activités et jeux que se déroule le processus thérapeutique auprès des enfants. La pratique de l’escalade à l’intérieur de ce processus constitue un atout bien intéressant et ce, pour plusieurs raisons. D’abord, elle permet une meilleure évaluation de l’enfant. Ensuite, elle permet le travail live auprès d’eux et enfin, elle leur donne une raison concrète de développer des habiletés qui leur permettront de mieux gérer leur vitalité et ce, tout en étant dans un contexte de plaisir.

stephanie dagenais stephanie dagenais

La pratique de l’escalade permet une meilleure évaluation de l’enfant en ce sens qu’elle constitue un milieu beaucoup plus représentatif de son environnement scolaire et familial. L’enfant arrive effectivement avec des peurs et/ou des excitations; son attention est captée par différentes choses en même temps, notamment la grandeur de l’endroit, la hauteur des murs, les bruits, les personnes; il a des objectifs à atteindre, des défis à relever et il y a bien sur des règles à respecter. Nous assistons donc à des comportements qui sont plus typiques de son quotidien, ce qui nous permet par ailleurs de mieux cerner les difficultés réelles de l’enfant pour pouvoir ensuite créer un plan d’intervention qui lui soit adapté.

Un autre bienfait de l’escalade, pratiquée dans un cadre thérapeutique, est l’éveil d’enjeux et d’émotions chez l’enfant. Comme nous l’avons dit plus tôt, un enfant vit dans le présent et ne parle alors pas de ce qui l’a troublé par le passé même si cela a eu lieu la veille. Ainsi l’activité d’escalade mettra l’enfant en contact avec des peurs, des anxiétés de performances, des déceptions et des joies qui pourront être directement abordées, en plus de faire des liens avec les similarités qu’il pourrait vivre a l’école ou dans sa famille, appuyant ainsi la discussion et aiguisant la conscience de l’enfant.

Ainsi, si Sébastien contacte une peur lorsqu’il a presque atteint le haut du mur et qu’il se fragmente, nous pourrons lui venir en aide directement. Nous pourrions par exemple lui demander de nous regarder, de respirer dans son ventre et de mettre ses pieds bien a plat sur le mur tout en lui indiquant qu’il peut prendre le temps de s’apprivoiser a la hauteur car il est normal d’avoir peur. Sébastien serait ainsi accompagné a traverser sa peur, ce qui permettrait a son organisme d’enregistrer une nouvelle mémoire, celle d’avoir vaincu sa peur.

Aussi, le contexte de l’escalade donnera aux enfants une motivation à exercer leurs habiletés puisqu’ils pourront mieux percevoir leurs utilités. Par exemple, comme il se produit régulièrement, l’enfant, parce qu’il a peur, grimpe la paroi d’escalade en retenant son souffle. Au bout de quelques minutes, il devient tout essoufflé. Il est alors possible de le lui faire remarquer tout en lui indiquant que respirer va l’aider à mieux escalader. Il s’apprivoise alors à la respiration parce qu’elle a une fonction qu’il comprend et qui l’intéresse.

Il en est de même pour la présence. Pourquoi être présente, se questionne Émilie? La lune est bien plus agréable que les mathématiques! Quoiqu’il en soit, lorsque Émilie devra faire son nœud avec la corde qui assurera sa sécurité, elle devra être présente car s’il n’est pas bien fait, elle ne grimpera pas. Elle fera alors l’expérience de l’importance d’être présente et attentive.

Par ailleurs, l’escalade étant un sport, l’échauffement et les étirements avant sa pratique sont requis. Ainsi, faits avec présence, ils permettent de développer l’enracinement et la conscience corporelle.

Enfin, l’escalade se révèle être tout un contexte qui oriente, facilite et appui tout le processus thérapeutique auprès de l’enfant en plus d’être réalisée dans un climat de plaisir. Il est donc possible d’être vu, entendu et reconnu non seulement dans ses blessures mais aussi dans ses forces et ses exploits, ce qui est des plus vitalisant!

Ainsi nous pourrions dire en guise de conclusion, que le processus thérapeutique ne se résume pas au développement d’habiletés permettant une meilleure gestion émotionnelle mais qu’il implique, à travers l’établissement de bonnes conditions, de voir, d’entendre et de reconnaître l’Être non seulement dans ses blessures mais pour qui il est vraiment, au-delà de ses comportements qui sont parfois dérangeants.

stephanie dagenais

3. Informations et inscriptions

Animé par Stéphanie Dagenais, l'activité est offerte sur une base individuelle et sur rendez-vous (activité suspendue actuellement, pour cause de congé de maternité).

4. Publications

• Dagenais S. L'escalade au service du processus thérapeutique. Journal La Vallée (Laurentides), 30 mars 2008.
• Dagenais S. La thérapie psychocorporelle chez les enfants. Présence, 2008 (sous presse).