PSYCHOTHÉRAPIE

Aucune démarche personnelle et aucune approche thérapeutique n'apportent de solutions miracles pour améliorer l’existence quotidienne des personnes en cheminement thérapeutique, mais entamer un cheminement personnel qui favorise la prise de conscience cognitive, émotionnelle et corporelle par rapport à son passé et son présent facilite des changements profonds et durables dans la vie quotidienne. Cette section passe en revue quelques approches ou philosophies qui sont intégrées dans une approche éducative ou thérapeutique globale qui favorise la transformation de nos habitudes de vie et la métamorphose de notre vie quotidienne, afin de retrouver toute la puissance créatrice de notre être, puisant la source de notre inspiration en notre essence profonde.

La démarche thérapeutique se base sur des consultations privées avec les enfants, les adultes ou les familles; selon les besoins, les séances avec les enfants peuvent s'effectuer avec la présence de leurs parents. À la demande des parents, le thérapeute peut participer aux plans d’intervention adaptés organisés par l’équipe éducative des enfants en cheminement. Le secret professionnel reste de mise, mais il est possible d’expliquer aux enseignants le processus émotionnel des enfants au départ des informations transmises par l’équipe. L’objectif est de soutenir les enfants et aider l’équipe à mieux identifier leurs besoins.


Approche intégrative de l’intervention thérapeutique.
Approche psychocorporelle intégrative.
Approche psychomotrice.
Approche systémique.
Approche transpersonnelle.
Remarque: psychotherapeute, un titre reserve et partage.
Références.

1. APPROCHE INTÉGRATIVE DE L’INTERVENTION THÉRAPEUTIQUE

Comme d’autres l’ont fait avant nous, nous tentons de mêler nos expériences et cheminements théoriques et pratiques où nous nous inspirons d’autres approches tout en proposant de nouvelles pistes d’intervention thérapeutiques et éducatives. L’approche privilégiée vise à intégrer en un seul « mouvement » différentes techniques et philosophies psychocorporelles (le corps, la pensée, les émotions et les sentiments) et transpersonnelles (les aspirations, les élans, le sens de la vie, la spiritualité) pour permettre aux enfants, aux adolescents et aux adultes d’agir sur leur vie avec un regard nouveau, plus conscient et plus proche d’eux-mêmes. L’objectif de cette approche intégrée est de prendre conscience de nos enjeux personnels et relationnels pour nous rapprocher de notre essence profonde et nous individualiser à travers l’expression créatrice personnelle ou professionnelle.

Si les besoins contradictoires d'être en lien et d'être individualisé affectent continuellement nos relations dans le présent, la manière dont nous avons vécu les liens dans notre passé, que se soient avec nos parents, frères, sœurs, professeurs et amis, vont teinter nos premières relations amoureuses, voire notre vie intime tout au long de notre vie, au travers des filtres, souvent issus des expériences douloureusement vécues et des croyances culturelles, familiales ou personnelles. Ces filtres s’expriment au travers d'attentes ou des comportements répétitifs et souvent inconscients. L’exploration et l’utilisation d’outils concrets et des sensations corporelles vont nous permettre de décoder nos patterns et nos contractions relationnels pour permettre un relâchement à la fois mental, émotionnel et corporel et accroître la force du Soi, donc l’autonomie affective.

Au-delà des relations avec les autres, les enjeux relationnels issus du double mouvement liens / individualisation et les blessures qui découlent de notre passé affectent notre relation avec nous-même, ainsi que la relation que nous avons le processus de la Vie. Est-ce que nous nous exprimons pleinement ? Est-ce que nous explorons toutes les potentialités que nous sentons en nous ? Est-ce que nous avons confiance dans le processus de la Vie qui nous amène à nous confronter à nos charges, nos peurs et nos croyances ? Pouvons-nous utiliser nos insatisfactions comme des opportunités pour transformer notre quotidien et métamorphoser notre être en nous libérant de ces charges et de ces croyances ? Les techniques psychocorporelles et transpersonnelles vont à la fois permettre un ré-enracinement et une prise de conscience de nos charges pour nous en libérer, voire les dissoudre.

Pour retrouver une harmonie dans le quotidien, harmonie qui est intiment liée aux relations que nous avons avec les autres et avec nous-même, il est nécessaire de prendre conscience de nos peurs, de nos blessures et de nos croyances dans les différents contextes de notre vie et ce, sans complaisance ni jugement vis à vis de notre personnage. Un des moyens pour favoriser ces prises de conscience et développer l’autonomie dont nous avons besoin est d'entamer une démarche personnelle pour dissoudre le « personnage » (la partie de nous qui a des attentes, des blessures, des croyances, etc.) et d’explorer de nouveaux outils pour transformer la qualité de nos relations personnelles, scolaires ou professionnelles, par le développement du Soi. Cela demande parfois du courage, car un cheminement nous confronte à notre part d’ombre, mais aussi (et heureusement) à notre lumière. Et redécouvrir notre lumière implique d’oser se montrer transparent devant les autres, alors que le contact avec les autres a souvent été blessant. Oser être soi-même, suivre ses élans et exprimer notre être dans ce qu’il a de plus beau, c’est prendre un risque. Les peurs peuvent être présente, mais la métamorphose est en route.

2. APPROCHE PSYCHOCORPORELLE INTÉGRATIVE

L’approche psychocorporelle intégrative (PCI) vise à développer le Soi pour permettre à la personne de tolérer ses difficultés existentielles et ses blessures relationnelles, tout en ravivant la vitalité par le développement des habiletés de relation sereine. Cette approche a été développée par Jack L. Rosenberg qui a regroupé plusieurs techniques ou approches différentes, elles-mêmes facilitant l’expérience corporelle pour développer le Soi. Il partait du principe qu'une approche basée exclusivement sur la pensée ou sur les thérapies uniquement corporelles (massothérapie, rebirth, eutonie, etc.) ne permettaient pas de développer le Soi de manière suffisamment efficace pour permettre le développement de l’autonomie affective. Pour lui, le corps « se souvient », mais les prises de conscience cognitives contribuent aussi au cheminement; dès lors, son approche intègre à la fois une perspective « corporelle », tout en soulignant l'importance d’une perspective « cognitive », ce qui contribuent à générer de nouveaux comportements en relation.

En oeuvrant à la fois sur le plan cognitif et corporel, le travail en PCI cherche à rendre conscientes, d’une part, les blessures originelles qui ont perturbé le développement du Soi et, d’autre part, révéler les mécanismes de défense mis en place pour éviter de ressentir les fragmentations. La prise de conscience est accompagnée d'un éveil aux sensations du corps qui permet aux personnes d’enraciner dans le corps les prises de conscience. Une fois que les principaux points de blocage mentaux et corporels sont identifiés, le travail de développement du Soi invite à utiliser des outils concrets qui permettent alors à la personne de créer de meilleures relations avec lui-même et les autres afin de reprendre du pouvoir sur sa vie. De manière concomitante, le mieux-être psychologique est accompagné d’un mieux-être corporel, où le corps permet de ressentir les vagues d’émotion et de les contenir, sans se sentir en danger. Tel que Rosenberg le suggère, l’éveil au sens de la vie (l’esprit, l’âme, le transpersonnel) est envisageable, mais seulement après que les personnes se soient solidement enracinées.

Conséquemment, la PCI est une approche de croissance personnelle qui interpelle l'Être tout entier, en intégrant le corps, les émotions, la cognition et l'esprit. Grâce à des outils concrets, simples et efficaces qui permettent de mieux ressentir les messages corporels dans les enjeux relationnels. L’approche utilise abondement des techniques d’auto-ouvertures permettant la découverte d'une respiration pleine et consciente. Ces techniques respiratoires facilitent le contact avec son corps et le développement du Soi afin de réduire les tensions corporelles créées par les blessures émotionnelles. L’utilisation de la respiration facilite l'autonomie dans notre vie affective en contribuant à contenir dans le corps les émotions. En effet, nos mécanismes de défense vont soit réduire la respiration au niveau thoracique (respiration parasympathique), ce qui diminue notre vitalité et notre créativité et entraîne des comportements dépressifs, soit réduire la respiration au niveau abdominal (respiration sympathique), ce qui entraîne souvent des réactions émotionnelles de fuite ou d'attaque et des comportements agressifs. En ré-apprivoisant une respiration pleine et complète, la PCI facilite des changements profonds et durables dans notre vie personnelle et professionnelle. Vivant mieux vivre le présent, nous pouvons être plus facilement présent à nous-même et aux autres.

3. APPROCHE PSYCHOMOTRICE

La « psychomotricité » a été créée dans les années 1960 pour favoriser le développement psychomoteur des enfants. En Europe, surtout en Belgique, la psychomotricité fait partie intégrante du cursus scolaire des enfants de trois à sept ans. La psychomotricité s’inspire des stades de développement affectif et propose généralement des lieux offrant des explorations psychomotrices qui permettent de répondre directement aux besoins des enfants pour développer leur Soi. L’approche psychomotrice permet donc aux enfants de s'exprimer à travers différents mouvements et des jeux qui vont accroître leur vitalité, stimuler la maturation de leur cerveau et favoriser le développement des habiletés d'attention, améliorer leurs habiletés psychomotrices, leur présence et leur capacité à contenir leurs émotions dans leur corps. Aux origines, cette approche était essentiellement éducative, mais par la suite ce courant a donné naissance à une approche thérapeutique. La « thérapie psychomotrice » permet aux enfants d'apprendre à mieux contenir leurs émotions en développant l'autonomie émotionnelle et corporelle, par le jeu et le développement psychomoteur.

Lapierre et Aucouturier proposèrent que le développement psychomoteur passait par trois stades spécifique entre la naissance et l’âge de sept ans : le stade émotivo-tonique, le stade sensorimoteur et le stade représentatif. À chaque stade correspond des besoins de développement affectifs et moteurs spécifiques et, s’il y a des « manques » dans le développement de l’un de ces stades, les enfants auront besoin de « rejouer » dans des espaces répondant aux besoins inassouvis. Dès lors, en offrant des espaces de jeux, l’enfant choisit instinctivement le type de jeu dont il a besoin pour se « réparer » et combler ses manques de développement. Pour Aucouturier et Lapierre, le développement psychomoteur ne doit pas être à la recherche du geste idéal, mais plutôt de permettre à l’enfant de vivre un événement dans son corps. Le mouvement dépasse donc les stéréotypies culturelles et peut être regardé comme une expression symbolique qui prend sa source dans la relation avec l’autre.

Par le jeu, les enfants reprennent contact avec leur corps, ce qui les aide à mieux gérer leurs émotions, et donc ils peuvent être plus disponibles pour effectuer les apprentissages scolaires. Comme les exercices psychomoteurs peuvent être utilisés pour accroître leur présence, leur attention et leur concentration, l'approche psychomotrice se présente donc comme une alternative à la prise de médicaments psychostimulants (Ritalin et autres). Depuis près de 20 ans, l’expérience belge parrainée, maintenant par le gouvernement de la Communauté française (Ministère de l’Éducation), a exploré des activités à réaliser en classe ou en gymnase qui visent à créer des séances dont l’objectif est de « favoriser le développement corporel, de soutenir les autres apprentissages et de prévenir les situations relationnelles ou comportementales problématiques (comme la timidité et l’agressivité) » (Limal 2003a, 2003b) dans le milieu scolaire et ce, sur une base éducative et non pas thérapeutique.

À tort ou à raison, la psychomotricité, plus encore au Québec qu’en Europe, s’est développée dans le giron de l’éducation physique et l’importance des processus émotionnels a reçu peu d’intérêt. Cette situation peut peut-être expliqué pourquoi il y a peu d’effets issus des programmes de développement psychomoteur pour des enfants de plus de sept ans. Avec l’arrivée du modèle décrivant les processus émotionnels proposé par J. L. Rosenberg, est apparu des aspects qui étaient donc peu abordés par la psychomotricité : le besoin de vivre les séances de développement éducatives ou thérapeutiques dans le lien significatif et le besoin de développer des habiletés pour contenir les émotions par une présence à soi et aux autres, à travers l’expérience corporelle. Comme l’approche psychomotrice est basée des principes fondamentaux similaires à ceux de la PCI, une équipe de chercheurs, cliniciens et enseignants ont commencé à explorer les techniques de la PCI dans un cadre éducatif et scolaire, tant en gymnase qu’en classe. Les premiers résultats se sont montrés encourageants. Actuellement, les outils et activités sont explorées avec de petits groupes d’enfants en gymnase (cadre éducatif) ou en bureau (cadre psychothérapeutique).

4. APPROCHE SYSTÉMIQUE

Qui n’a pas entendu parler de la théorie des dominos ou du battement de l’aile d’un papillon en Afrique qui pourrait déclencher un cyclone au Brésil. Ces deux exemples soulignent les effets systémiques, c’est à dire les interactions qui existent entre les différentes parties d’un système et le fait que, lorsqu’on modifie l’état ou le comportement d’un des éléments du système, c’est l’ensemble des éléments composant le système qui est affecté. Concrètement, cela signifie que chacune de nos actions a un effet sur les personnes de notre entourage immédiat, mais également sur l’ensemble des membres de nos communautés culturelles, voire mondiales. Dans le cadre d’une famille ou d’une classe, les interactions entre les personnes vont générer des comportements qui ne seraient pas nécessairement présents sans ces interactions. Certains de ces comportements sont enrichissants, d’autres limitent le bien-être de certain de manière individuelle ou collective.

Inspirées des travaux réalisés chez des enfants schizophréniques en Californie, deux « écoles » ont vu le jour au départ des principes fondamentaux de la systémique : l’école nord-américaine de Palo Alto (approche souvent confrontante) et l’école européenne de Rome (approche considérée comme plus douce). La systémique est une approche thérapeutique idéale pour intervenir en milieu familial et scolaire. Le principe de base réside dans le fait qu’un enfant ou un adulte qui s’exprime par des comportements dérangeants dans la famille ou dans la classe est le « symptôme » d’un mauvais fonctionnement dans la dynamique familiale ou scolaire, alors que l’entourage ne peut garder son équilibre que par la présence du « symptôme » qui assure malgré lui l’homéostasie de la famille ou de la classe.

L’objectif de la thérapie systémique sera dès lors, d’une part, d’identifier les causes qui favorisent l’émergence du « symptôme » (comportement dérangeant) et, d’autre part, d’explorer des alternatives comportementales (par des jeux et des mises en situation) de l’ensemble de la famille ou de la classe. Cette approche relationnelles globale permet l’enrayement du « symptôme » par une prise de conscience des membres de la famille et de la classe. Cette approche permet d’initier des changements comportementaux à long terme chez tous les membres du contexte relationnel de l’enfant, plutôt que de stigmatiser l’enfant lorsqu’il développe des comportements dérangeants. Il y a donc nécessité de favoriser des relations de qualité entre chacun des membres du milieu familial ou scolaire à travers, par exemple, l’établissement de « contrats » induisant des changements comportementaux concrets, réalisables et observables.

L’un des inspirateurs de cette approche, Paul Watzlawick, a inspiré le concept du « changement 1 » et du « changement 2 » :

• le « changement 1 » est un changement comportemental qui reste à l’intérieur du cadre de fonctionnement connu; il y a des prises de consciences et des modifications de comportement, mais généralement, les problèmes de fond restent présents et les changement sont rarement durables, car la problématique revient de manière subtile;

• le « changement 2 » facilite l’abandon du cadre de référence comportemental connu (et souvent source de « mal être ») pour utiliser un nouveau cadre de vie; chaque personne affronte ses peurs et choisit consciemment de transformer ses patterns via l’exploration de nouveaux cadres moins limitatifs.

Fondamentalement, l’approche systémique tente d’initier des « changements 2 » par la prise de conscience des dynamiques comportementales d’une famille ou d’une classe. La démarche suscite des choix conscients de chacun des membres pour modifier collectivement la dynamique souvent « pathologique » (d’où la présence d’un « symptôme »).

Il faut cependant bien comprendre que la systémique se détache de tout mouvement polarisé qui tenterait de définir ce qui est bien ou mal : les comportements inadéquats sont les meilleures réponses du « système » (la famille, la classe ou l’entreprise, voire la société - voir les livres de Scott Peck) ou d’un membre de ce système pour répondre à un problème donné. Chaque membre du système agissant avec ses peurs, ses attentes, ses blessures et ses croyances, les autres membres en sont automatiquement affectés. Dès lors, la prise de conscience que peut réaliser un des membres du groupe (au moins les adultes) peut faciliter une meilleure communication et un meilleur fonctionnement de la cellule familiale ou du groupe classe. Par exemple, un des aspects majeurs dont la systémique tient compte concerne la communication entre les membres, dont principalement le double langage ou le langage paradoxal. Souvent, nous exprimons verbalement quelque chose et corporellement ou énergétiquement autre chose, c’est à dire la communication est différente entre ce qui est dit ou entendu et ce qui est perçu par le corps. L’enfant sent les deux niveaux et ne sait pas ce à quoi il doit se référer, ce qui induit un inconfort et une réaction défensive limitant les sentis du corps ou confrontant les adultes.

Le senti corporel sera donc un élément important, même si à la base ce n’est pas un des aspects ciblés par les fondateurs de l’approche qui restent centrés sur les tâches (le comment) pour renforcer les d’éventuelles attitudes « ouvertes ». L’utilisation des frontières claires et des enjeux de la double contrainte du lien et de l’individualisation peuvent être des outils très utiles dans un espace thérapeutique familial, puisque ces enjeux se vivent quotidiennement. De plus, l’approche systémique considère les résistances comme des compétences qui seront utilisées pour favoriser les « changements 2 ». La découverte et l’utilisation des résistances, des compétences et des centres d’intérêts des membres de la famille ou de la classe (selon le milieu sous observation) permettra de favoriser les changements durables à travers l’exploration, via, par exemple, des contrats, de nouveaux modes d’interactions entre les personnes. La théorie systémique part du principe que, si on découvre un mode d’interaction plus serein, les comportements dits pathologiques et symptômatiques disparaîtront progressivement.

À travers la recherche d’un nouveau cadre, il y aura donc une recherche de la conscience, de la créativité et de l’authenticité. Comme le propose d’ailleurs la « gestalt-thérapie » et l’approche transactionnelle, la systémique ne cherche pas nécessairement à expliquer les origines d'un problème, mais à prendre conscience de la façon dont il s’organise dans le présent. En d’autres mots, il ne s'agit pas tant de « savoir pourquoi » le symptôme apparaît dans la famille ou dans la classe, mais plutôt de « sentir comment » il apparaît, quelles sont les conditions qui favorisent les comportements défensifs. Prenons un exemple. Comme nous le constatons tous, les enfants sentent tout ce qui se passe autour d’eux. Ils sont de véritables antennes très sensibles aux émotions des autres enfants et des adultes, surtout lorsqu’ils sont significatifs pour eux. Lorsqu’un adulte, que ce soit un parent ou l’enseignant est submergé par un problème, l’enfant le sent très rapidement et il s’approprie inconsciemment la responsabilité de l’émotion de l’adulte. Conséquemment, l’enfant va fréquemment se désorganiser ou s’inhiber (selon le mode de défense sympathique ou parasympathique), car il y a trop d’émotions à contenir par rapport à la force de son Soi.

Pour comprendre un problème familial ou scolaire, il importe de voir ce problème dans son ensemble, de dégager un regard plus vaste sur le contexte. Les processus émotionnels de chaque membre de la famille ou de la classe peuvent donc être abordés, selon le modèle de Rosenberg, tout en ne stigmatisant pas les personnes, ni les adultes, ni les enfants. Cette démarche favorise généralement beaucoup de compassion entre les membres du groupe classe ou de la famille. Ensuite, il est important d’observer comment individuellement les membres de la famille ou de la classe recherchent stratégiquement à trouver leur zone de confort dans la double contrainte du lien et de l’individualisation. Si nous sommes capables de reconnaître notre propre processus émotionnel et celui des autres, il est dès lors plus facile de rester dans ses frontières et de ne plus interpréter les actes des autres comme des tentatives d’agression.

Dès lors, à travers les prises de conscience tant chez les enfants que chez les adultes, les contrats et les jeux vécus en lien avec le thérapeute, il s’agit d'expérimenter des aménagements relationnels qui seront des sources créatives d’harmonie dans la famille ou dans la classe. Plus les membres de la famille ou de la classe sont créatifs, plus ils ont la capacité de trouver de nouvelles solutions pour vivre ensemble et aborder les problématiques ou les situations critiques autrement. Par exemple, les enfants ont un profond besoin de transparence et d’authenticité de la part des adultes. Cela leur permet de ne pas s’approprier l’expérience des autres et donc de rester centrer sur leur expérience personnelle. Progressivement, il peut se dégager une relation sereine avec les autres et avec soi-même, relation emplie de respect et de compassion.

5. APPROCHE TRANSPERSONNELLE

En devenant attentive et consciente de ce qu’elle est profondément, une personne peut choisir son existence et l'aménager d'une manière à ce qu’elle ait un sens sacré pour elle. Le principe fondamental est que nous ne sommes pas limités au corps, mais que nous faisons partie d’un univers plus large et plus complexe qu’il n’y paraît. En d’autres mots, chaque expérience vécue est une opportunité qui devrait nous permettre d’identifier et de transformer les charges émotionnelles (le personnage) pour laisser place aux élans créateurs inscrits profondément en nous. La base de l’approche transpersonnelle ou psycho-spirituelle repose donc une conception de l’Univers, de la Vie, du monde terrestre et de l’être humain qui transcende la réalité concrète vécue sur la terre. Cette approche aborde le sens de la vie selon des aspects moins scientifiques (car ces aspects sont non opérationalisables dans le cadre des principes de la recherche scientifique traditionnelle), mais que l’on retrouve dans les mythologies, les principes mystiques et religieux, les fondements culturels ancestraux, etc. Cette approche s'intéresse donc à la transformation du regard que nous portons sur la vie et qui permettrait d’atteindre l'extase (joie profonde atteinte dans des mouvements d’expansion de l’être incarné), le sentiment profond que nous avons une connexion intime avec l'Univers, la conscience aiguë de son être profond, le mysticisme, etc.

Un des premiers auteurs à avoir abordé le sujet dans le milieu de la psychologie est Carl Jung. L’histoire affirme qu’il s’opposa d’ailleurs sur ce thème avec Sigmund Freud. En fait, Young proposa le concept d’inconscient collectif qui unirait tous les êtres humains et s’observerait à travers des archétypes spécifiques que l’on retrouve dans toutes les cultures. Partant de ce principe, le socio-ethnologue Joseph Campbell a passé une grande partie de sa vie à retrouver les traces de ces archétypes dans les mythologies primitives et démontra à quel point le Soi se développe à travers des archétypes communs à toutes les cultures. L’approche se base sur plusieurs auteurs et théories psychologiques tel l’inconscient collectif et les archétypes du développement du Soi, le Zen, le la réalisation de soi, voire le dépassement de soi, etc. Elle cherche à favoriser une ouverture de conscience qui dépasse les réalités terrestres ou, comme l’enseigne le Zen, les illusions vécues sur la terre. Les psychothérapeutes qui utilisent cette conception peuvent pratiquer une approche classique et permettre à la dimension spirituelle d'occuper l'espace qui lui est dû dans le cheminement et le développement du Soi. D’autres choisissent d’utiliser des états de conscience altérés en utilisant des techniques respiratoires, de rêves éveillés, de travail avec la relaxation, etc.

De plus en plus de personnes sont à la recherche du sens spirituel de la vie. Pour Ken Wilber, l'ouverture de la conscience est naturelle et ce, dès l’enfance. D’abord primitive chez l'enfant, la conscience peut se développer graduellement. Les personnes passent par un stade de l'identification au personnage (blessures, peurs, ego, charges émotionnelles, etc.), puis progressivement certaines personnes commencent à s'ouvrir à l'ensemble de la création. À son stade de développement ultime, la conscience s'apparente à l'éveil ou à l'illumination dont parlent de nombreuses traditions mystiques. Enfin, Rosenberg signale cependant l’importance d’être pleinement enraciné dans son corps et dans le présent pour vivre ces moments d’expansion de notre être profond. L’enracinement permet d’éviter de « s’éthérer » et de perdre la notion de la réalité terrestre qui reste une des réalités composant la réalité plus vaste de l’Univers : c'est à partir d'un Soi solide et équilibré que l'être humain peut atteindre d'autres dimensions.

REMARQUE: PSYCHOTHÉRAPEUTE, UN TITRE RÉSERVÉ ET PARTAGÉ

Depuis plusieurs années, une saine réflexion a lieu dans différents pays et au sein de différentes institutions pour clarifier le champ d'expertise clinique de la psychothérapie et, surtout, pour déterminer les considérations et les critères permettant d'octroyer le titre de psychothérapeute à certains cliniciens, ce qui en ferait un titre réservé comme le titre de médecin, d'ingénieur ou de psychologue. Cette clarification est d'autant plus importante que certains psychothérapeutes sont membres d'ordres professionnels variés (Collège des médecins, ordre des psychologues, ordre des infirmièr-es, etc.), alors que d'autres cliniciens sont reconnus compétents, mais ne sont pas nécessairement admissibles à un ordre professionnel.

L'objectif prioritaire de cette réflexion est la protection du public, afin que lorsqu'une personne consulte un psychothérapeute, elle puisse savoir qu'il a acquis les compétences minimales pour être accompagnée dans un cheminement thérapeutique. Cette réflexion aborde aussi bien la formation minimale requise et la formation continue que le respect des règles de déontologie du clinicien, voire l'encouragement à recourir à une démarche éthique.

Faisant suite à la publication du rapport Trudeau (novembre 2005), un projet de loi a été déposé par Monsieur Jacques Dupuis, ministre de la Justice du Québec, pour régir la pratique clinique et le titre de psychothérapeute (novembre 2007). Lors de la tenue de la commission parlementaire qui devait étudier le projet de loi (mars 2008), le ministre a confirmé que, tel que proposé par le Rapport Trudeau, les membres titulaires de la SQPP disposeraient du titre réservé et ce, au même titre que les professionnels de la santé qui, membres d'un ordre, pourront bénéficier du permis s'ils rencontrent les critères établis pour la pratique de la psychothérapie.

Suite aux élections de l'automne 2008, c'est Madame Kathleen Weil qui hérita de ce dossier. Elle a ressoumis le projet de loi (mars 2009) et, finalement, l'Assemblée nationale du Québec l'a adopté (juin 2009). La dernière étape consiste à signer le décret de loi lors d'un Conseil des ministres qui devrait avoir lieu durant l'automne 2009 et de publier la réglementation dans la Gazette officielle.

Ainsi, le titre clinique de "psychothérapeute" sera donc très prochainement "réservé et partagé" par les membres de plusieurs institutions et ordres professionnels de la santé québécois. Les médecins et les psychologues en bénéficient automatiquement. Les professionnels de la santé membres d'un ordre (infimières, ergothérapeutes, travailleurs sociaux, psychoéducateurs, etc.) et rencontrant les critères d'octroi du permis seront supervisés à la fois par leur ordre et par celui des psychologues. Enfin, les membres titulaires de la SQPP et des deux associations de psychanalistes pourront également détenir le titre et seront supervisés par l'Ordre des psychologues.

À ce propos, le site de l'Ordre des psychologues du Québec présente une synthèse plus détaillée de la législation qui dorénavant régira la pratique de la psychothérapie au Québec.

RÉFÉRENCES

• Voir la section: publication - Processus émotionnel.

• Lapierre A. et B. Aucouturier. La symbolique du mouvement. EPI, Paris. 1975
• Lecoq G. Lejeune K. Le syndrome autistique est-il soluble dans l’eau ? Congrès international de la SFPS, Paris. 2000
• Campbell J. Puissance du mythe (retranscription d’une série d’émissions télévisées animée par B. Moyers), Collection J’ai lu New Age, Paris. 1988
• Lemal I. Gym libre pour tous les marmots. Le Soir, 22 février 2003a.
• Lemal I. Même les plus timides se lancent. Le Soir, 22 février 2003b.
• Mauhama Noune R. et J. Monzée. Le secret thérapeutique : influences socioculturelles et implications pour les professionnels de la santé. Revue internationale d’éthique sociétale et gouvernementale (soumis en juillet 2008).
• Ministère de l'Education, Communauté française de Belgique, Projet de réforme en psychomotricité, [http://www.ministre-enfance.be], consulté en décembre 2003.
• Monzée J. L’hyperactivité et le Ritalin. Revue Dire. 2004, 13(2):42-44.
• Monzée J. Le syndrome d’inattention, l’hyperactivité et le Ritalin. Présence. 2003, 8(2):3-5.
• Monzée J. Comportements dérangeants des enfants: médicalisation ou développement du Soi ? Présence, 2008, vol. 11(1):10-16.
• Monzée J. Éveil psychocorporel chez les enfants: approche psychothérapeutique complémentaire à l’approche en pédopsychiatrie. Bulletin Entre-Nous. 2007, 10(3):6-9.
• Monzée J. Emotion, mouvement et psychothérapie. In : Monzée J. (dir.), Cerveau et psychothérapie. Éditions Liber, Montréal (publication février 2009).
• Rosenberg JL. Le Corps, le Soi et l'Âme. Québec Amérique. 1999: 415 pages
• Peck S. Le Chemin le moins fréquenté. J’ai lu, Paris. 1988: 410 pages
• Peck S. Ainsi pourrait être le monde. Robert Laffond, Paris. 1993: 396 pages
• Psycho-ressources, Qui est Ken Wilber?, [http://iquebec.ifrance.com], consulté le 18 décembre 2004.
• Watzlawick P, Beavin JH, Jakson DD. Une logique de la communication. Eds du Seuil, Paris. 1972.